Les Congrès, les cercles et le Centre Dostoïevski

Les Congrès

Avant la guerre, la vie du Mouvement était rythmée par les Congrès généraux et régionaux. Les Congrès régionaux étaient régulièrement organisés par les mouvements locaux fonctionnant dans les divers centres de l'émigration russe : Tchécoslovaquie, Allemagne, Pays Baltes, Bulgarie, France, Pologne, Belgique. Consacrés à un thème précis, c'était l'occasion d'écouter des conférenciers de renom, comme N.Berdiaev, le père Serge Boulgakov, A.Kartachov, B.Vycheslavtsev, S.Frank, V.Zenkovsky, l'évêque Benjamin (Fedtchenkov) N.Klépinine, le père S.Tchetverikov, le père G.Florovsky, etc. La vie liturgique y occupait une place centrale : la liturgie était célébrée tous les matins afin de marquer l'enracinement eucharistique du Mouvement.

Les Congrès généraux réunissaient des délégués des mouvements locaux. Ils décidaient des grandes orientations du Mouvement. Le Congrès fondateur eut lieu à Pcherov en Tchécoslovaquie en 1923, où se tint également le second congrès général en 1924. Puis les congrès se déroulèrent à Hopovo en Yougoslavie (1925) au monastère de Lesna, à Boissy la Rivière en France (1926), Clermont en Argonne (1927), Savèse près d'Amiens (1927) . Ces congrès étaient l'occasion de préciser les positions du Mouvement par rapport à la hiérarchie de l'église et à organiser et inspirer les mouvements locaux ainsi que leur coordination.

Les congrès généraux devinrent beaucoup plus rares dans l'après guerre. Celui de 1953, aux Etats Unis avait pour but de réorganiser la structure du mouvement pour le mettre en accord avec les nouvelles données de l'implantation du mouvement : installation des régimes communiste en Europe Centrale et orientale, émigration vers les Etats Unis. Celui de 1980, à Montgeron organisait la vie du Mouvement devenu uniquement actif en France. Enfin, Bièvres (1995) jetait les bases du renouveau du Mouvement devenu ACER -MJO.

Parallèlement, les Congrès annuels devenaient les moments forts de la vie du Mouvement. De 1947 à 1973, ils se sont tenus à "La Roche Dieu" à Bièvres près de Paris. Les congrès de printemps étaient ouverts à tous les membres du Mouvement. Généralement ces congrès avaient lieu à la Pentecôte catholique. Durant trois jours, les quelque deux cents à trois cents participants venaient passer à Bièvres des moments de vie liturgique et intellectuelle intense : cinq conférences suivies de discussion en groupes, deux liturgies eucharistiques, offices de vigiles, feu de camp, volley-ball. Les thèmes les plus divers étaient abordés au cours de ces congrès, tous centrés sur quelques thèmes majeurs et récurrents : la découverte et l'approfondissement de la tradition orthodoxe, la place centrale de l'Eglise dans la vie du chrétien, le chrétien et le monde contemporain, la culture russe et l'orthodoxie, la Russie et l'Occident. Des personnalités de tous horizons y prenaient la parole : l'abbé Pierre, Jean Marie Domenach, le Père Valentin Bachst, le père Cyrille Argenti, Olivier Clément, etc. Le Père Alexandre Schmemann y participait tous les ans et y donnait la conférence du Dimanche après midi, un moment toujours fort des congrès. Avec le passage du temps, les thèmes liés aux rapports de la Russie et de l'Occident ont progressivement disparu des programmes des congrès pour laisser une place plus grande aux questions spirituelles ou catéchétiques et aux perspectives de l'implantation de l'Eglise Orthodoxe en Occident.

Les Cercles

En dehors des Congrès, les membres du Mouvement fréquentaient les réunions des "cercles", forme de travail traditionnelle chez les étudiants russes, mais qui avait revêtu au Mouvement une importance primordiale, puisqu'il se structurait par leur intermédiaire. Le cercle était la cellule de base du Mouvement. Composé de 10 à 20 membres, parfois plus, il se réunissait régulièrement. Les membres du cercle établissaient entre eux des liens d'amitié et de solidarité. Les cercles se consacraient à l'étude d'un thème particulier. C'est ainsi qu'ont fonctionné au cours de ces soixante quinze ans des dizaines de cercles biblique, littéraire, théologique, patristique, religieux, philosophique, etc. Des cercles se consacraient à une activité particulière comme le cercle théâtral, ou à un service comme le cercle d'Aide. La longévité dépendait de l'activité de son responsable et de la nécessité ou de l'intérêt qu'y portaient ses membres. Parmi les animateurs les plus constants ou les plus connus de ces cercles figurent, pour la période d'après guerre, des personnalités comme Georges Khodr (actuel métropolite du Mont Liban), le père Pierre Struve, Ivan Vasiliévitch Morozov, le Père Nicolas Koulomzine, Cyrille Eltchaninoff, Nikita Struve.

Le Centre Dostoïevski

En 1964, les étudiants du Mouvement créent le "Centre Dostoïevski des Etudiants orthodoxes", qui voulait marquer leur présence dans la vie religieuse des étudiants parisiens. Parallèlement aux centres d'étudiants catholiques, tels que les Centres Richelieu, Saint Yves ou Saint Guillaume, ou protestants, avec lesquels il entretenait des relations suivies, le Centre "Dosto" se voulait un lieu de rencontres et d'échanges ouverts à tous les étudiants orthodoxes d'origines diverses (français, libanais , grecs, russes) qui fréquentaient le Quartier Latin. Il était particulièrement bien placé puisqu'il occupait les locaux situés au dessus de la Librairie des "Editeurs Réunis", à deux pas du Panthéon et à proximité de l'église orthodoxe "Notre Dame des Affligés", rue saint Victor. Une permanence était organisée tous les jours dans les locaux du Centre de midi à deux heures. A une heure le responsable organisait le chant de l'office de Sexte et commentait le texte évangélique du jour. Le Centre était fréquenté par les étudiants dont les Facultés se trouvaient toutes, à l'époque, au Quartier Latin . Ils y passaient pour le café et la prière après le frugal repas du Resto-U. En soirée, différents cercles se réunissaient dans ses locaux. Une liturgie matinale, avant les cours, souvent célébrée par le Père Pierre Struve avait lieu régulièrement dans l'église de la rue Saint Victor. Le Centre n'a pas résisté à l'éclatement géographique des Universités parisiennes après 1968. Nicolas Behr, Cyrille et Hélène Munier, Michel Kazatchkine, Serge Morosov, Serge Rehbinder, Michel Sollogoub, Nadia Worontzoff figuraient, entre autres, parmi les animateurs du centre.