" Suivre les voies orthodoxes dans le travail avec la jeunesse ", voilà l'une des premières préoccupations du père Basile Zenkovsky, membre fondateur et premier président de l'ACER, et ceci s'applique tout particulièrement au travail mené pendant les camps.
Les différentes implatations du camp
Le premier camp a été organisé en France en 1927. Dans les années d'avant-guerre plus de 80 enfants et moniteurs se réunissaient tous les ans dans différents sites du Sud de la France (Soulac-sur-Mer, La Nartelle, La Croix-Valmer, Saint Cézaire, Cavalaire,..). Le camp des garçons et le camp des filles étaient alors séparés par quelques kilomètres.
Des camps de jeunes affiliés à l'ACER étaient également organisés à l'étranger, en Europe Centrale comme à Brno en Tchécoslovaquie vers 1932, ou à Etropol en Bulgarie en 1936-37.
En 1939 le camp déménagea dans les Alpes, sur le site de Saint-Théoffrey entre la Mure et Laffrey dans le département de l'Isère. Le camp des garçons et le camp des filles n'étaient plus séparés que par une route. Cette première année à Saint-Théoffrey fut marquée par un événement très particulier: la seconde guerre mondiale entraîna l'évacuation du camp vers le château de Claracq près de Pau dans les Pyrénées ; ce premier camp se prolongea pendant toute une année...
A partir de 1945 et jusqu'en 1988, les camps purent de nouveau se dérouler régulièrement à " Saint-Théo ". Le dernier camp sur ce site fût dignement marqué par le présence de nombreux anciens. Tous participèrent aux festivités du Millénaire du Baptême de la Russie fêté cette même année conjointement avec les Vitiaz-NOV de Laffrey sur les rives du torrent au pied du Mont Tabor.
L'année suivante, l'ACER se porta acquéreur du domaine de la Servagère, situé dans le Massif du Vercors, qui permit d'accueillir dès 1989 les groupes de jeunes. La première tâche fut d'y aménager une chapelle en dur et de la décorer de fresques murales, peintes par le père Vladimir Yaguello aidé de son frère et de ses enfants.
L'évolution du déroulement des activités
Dans les années d'après-guerre le camp accueillait des enfants dès leur plus jeune âge, le personnel d'encadrement, des étudiants et un camp d'"hôtes", composé d'adultes, qui venaient là pour se retrouver entre amis et recréer un "petit coin de Russie". A cette époque le camp durait deux mois et accueillait plus de trois cents personnes.
Les participants étaient majoritairement originaires de France mais s'enrichissaient de la présence de jeunes orthodoxes venus d'Angleterre ou des Etats-Unis, terres d'accueil de l'émigration russe.
Le russe était, dans ces années d'après-guerre et jusqu'à une époque avancée, la langue officielle du camp. Toutes les activités, cours, chants se passaient dans cette langue ce qui a permis aux jeunes de connaître la culture russe et à certains d'entre eux de venir en aide aux chrétiens de Russie ce qui explique la devise de la section de jeunesse : "Pour la Russie et pour la Foi".
Une journée était vite passée, au rythme des signaux donnés par le clairon. Chaque jour débutait et s'achevait par la prière commune. Tous les participants du camp se retrouvaient pour la levée et la descente du drapeau, pour les annonces et les changements de responsabilités. Au sommet d'un mât, comme pour un navire, flottait le drapeau français pays d'accueil, à sa droite le drapeau de la section jeunesse, le losange tricolore de la Droujina, et à sa gauche le drapeau russe, pays d'origine. La matinée était consacrée aux cours de catéchèse, de russe et d'histoire russe, de chants et d'activités manuelles, et l'après-midi aux activités par groupes : promenades, discussions, confection d'herbiers, de confitures etc. Le dimanche commençait par la célébration de la liturgie eucharistique ; l'après-midi était consacré à un grand jeu et la journée s'achevait par un feu de camp.
Certains moniteurs ayant ressenti le besoin de souder leur groupe, et de lui donner une identité particulière au sein du grand camp, eurent l'idée d'adopter un pseudonyme. Ainsi on rencontre à diverses époques des noms de tentes tels que : la tente " du petit soleil ", le groupe de " l'étincelle ", la tente de " la mouette ", la tente de " l'Oiseau de Feu " le groupe de " la flamme " ou encore de "l'étoile" dont le drapeau se transmettait chaque année à la tente qui en était digne.
Les médias avaient aussi leur place au camp. Le journal mural du dimanche où s'exprimaient brocardeurs, caricaturistes ou poètes en herbe, était apprécié et très attendu par tous les participants du camp.
La vie du camp était rythmée par des moments forts : les jours de fêtes, les pèlerinages (Notre Dame de la Salette), et parfois même le baptême d'un enfant ou d'un étudiant. Chaque semaine des excursions de plusieurs jours étaient organisées dans les monts voisins du Taillefer, du Tabor et du Belledonne. Une place particulière était réservée aux compétitions sportives, des tournois de volley-ball, de football, de basket-ball, de base-ball ou de ping-pong avaient lieu régulièrement. La parade au cours de laquelle étaient remis les différents grades de la Section de Jeunesse et les distinctions, annonçait la fin du camp.
Sous la protection de la Mère de Dieu et de Saint Alexandre Nevsky, au sein de la Section de Jeunesse de l'ACER, les moniteurs et directeurs ont contribué à faire du camp installé sur le site de Saint-Théoffrey puis sur celui de la Servagère une sorte d'école de la vie chrétienne orthodoxe.
L'installation du camp à la Servagère a concrétisé des changements et une évolution qui se faisait déjà sentir à Saint-Théoffrey. La langue française a petit à petit remplacé la langue russe non seulement parce que les jeunes des nouvelles générations le parlaient mal ou plus du tout, mais aussi parce que le camp a commencé à accueillir de plus en plus de jeunes orthodoxes d'origine française. Les offices religieux et les prières quotidiennes se font maintenant majoritairement en français. Les activités, cours, jeux, spectacles également. Mais la langue n'est pas le seul changement.
D'abord le camp n'accueille plus d'"hôtes" depuis le milieu des années cinquante. Le camp des étudiants ne durent plus toute la durée du camp mais seulement une dizaine de jours.
Le rythme de vie a changé également. Depuis le début des années 1980 le camp se déroule au mois de juillet. La vie générale du camp s'est enrichie. Toutes les activités communes qui, auparavant étaient étalées sur les deux mois sont maintenant concentrées sur le mois de juillet.
La journée du samedi est entièrement consacrée à la préparation liturgique; et le dimanche est davantage marqué comme jour de fête: après la liturgie, des danses sont organisées, suivies par un traditionnel match de foot masculin ou féminin; le "Journal du camp" s'est transformé en une radio locale "Radio Echo", qui diffuse tous les dimanches une émission de qualité. L'après-midi est toujours consacrée à un grand jeu, mais différent chaque semaine, tandis que la soirée laisse la place à un feu de camp, une soirée poésie ou tout autre activité festive.
Les cours de catéchèse ont été renforcés. Des cours de travaux manuels et de chant se sont ajoutés.
Les cours obligatoires de russe et de culture russe sont maintenant remplacés par des cours de culture religieuse qu'elle soit russe ou occidentale. (Le russe est devenu un apprentissage facultatif).
Tous les cours peuvent maintenant bénéficier d'un support audiovisuel.
Les excursions en montagne se sont développées vers d'autres massif. Si l'incontournable "Belledonne" reste toujours un événement, des massifs nouveaux tels que le Vercors ou les Ecrins sont découverts par les enfants.
Le dévouement et la compétence des cadres qui, en consacrant leurs vacances aux enfants, sont actifs et au service des autres comme Marthe et sont attentifs à leur propre développement spirituel comme Marie, oeuvrent en cela pour le camp de l'ACER tout comme leurs prédécesseurs. Pour n'en citer que quelques uns, avant 1939 : Maria Pavlovna Tolstaya, les futurs évêques Antoine de Souroj (Bloom) et Sylvestre (Kharoun), et après 1945 : Wigen A.Nercessian qui se maria au camp en 1946, Youri I.Demidoff, le père Alexis Kniazeff, Ivan V. Morozov, Cyrille Eltchaninoff, Olga et Alexandre Victoroff et de nombreux autres. La participation d'adultes à la préparation et au déroulement du camp s'avère précieuse pour l'apport de conseils pédagogiques, l'animation d'activités spécifiques et pour la cohésion de l'action du Mouvement.
Les camps d'hiver
Parallèlement aux camps d'été, il faut mentionner également les nombreux camps d'hiver (de Noël et de Pâques) qui ont permis à des générations d'enfants de découvrir les pentes enneigées de Chatel en France, d'Autriche, d'Allemagne, des Vosges, de Combloux, de Publier ou même de Saint-Théoffrey, alors que les lacs y étaient glacés. Tous espèrent qu'ils reprendront prochainement !